« … Des meneurs de charrues et des patrons de barques, voilà les gens que ces récits eurent mission de distraire, voilà pour quel public furent écrits ces contes, destinés à être lus en famille, entre messe et vêpres, le jour du repos dominical. Le peuple breton – et ce n’est pas son moindre charme – est demeuré un peuple enfant. La politique l’intéresse peu : Il palabre les belles histoires. C’est un goût qui lui passera sans doute à la longue, mais il l’a encore… Il est, du reste, lui même un obstiné créateur de mythes et de légendes. Sa mémoire est prodigieusement riche en souvenirs que sans cesse son imagination retravaille. Les trois quarts du temps, en rédigeant les épisodes qui constituent ce livre, je n’ai fait que rendre à l’âme populaire ce qu’elle m’avait prêté. Les batteurs de routes, dépositaires des traditions de la race, s’arrêtent volontiers au seuil de la maison que j’habite, à l’entrée de l’une des voies qui conduisent dans l’ancienne capitale de Gralon. Souvent aussi, je suis allé heurté à leurs portes, dans les bourgades des monts et les hameaux de la mer. Ainsi se sont construites la plupart de ces aventures, presque sans y songer… J’ai dit leurs origines peu littéraires. Ce sont des filles des champs et des filles des grèves, faites pour aller pieds nus, jupes troussées, sans aucun atour. Trouveront-elles ailleurs le même accueil qu’auprès des âmes ingénues qui les goûtèrent tout d’abord ? Je le souhaite… » (extrait de la Préface de l’édition de 1903).

Ed. des Régionalismes – 09/11/2019