de  Léo Delaperrelle

Prix Jeunesse – Lauzerte 2016

ACTE 1
« Mais fais ce que tu veux, c’est toujours toi qui décides.
-Dans ce cas, j’irai chercher les trois clés.
-Bien, mais je t’en prie, hâte-toi Horace, les armées de Vergris peuvent arriver d’une journée à l’autre !
-Ne vous en faites pas père, je serai de retour au plus tôt. »
C’est ainsi que commença l’aventure de notre héros.
Il s’appelait Horace, il venait d’atteindre la majorité et il était le prince du royaume de Canope.
Étant de la famille royale, il avait hérité de certains des pouvoirs de son père et de sa mère, et avait appris à s’en servir au cours de ses entraînements au combat. Par ailleurs, il savait manier les hallebardes, ce qui était rare dans son royaume.
Sa mission se résumait tout juste en quelques mots : il devait retrouver trois clés.
Lesquelles ? Pourquoi ? Où ? Ça, vous le découvrirez au fur et à mesure de l’avancement de notre histoire.
Quoi qu’il en soit, avant de se lancer dans cette aventure, Horace devait aller chercher son ami le plus fidèle, Cid. Ce dernier vivait à la lisière de la forêt, à quelques kilomètres à l’ouest du château royal. Après quelques concertations, Horace partit donc le soir en direction de la forêt afin d’en repartir le matin avec Cid.
Plusieurs heures plus tard dans la nuit, notre héros arriva sans embûche dans l’habitat de son ami.
« Mais !? Ce n’est quand même pas Horace ? Ça alors, on ne s’est pas revu depuis quelques mois, que deviens-tu ? »
En effet, devant le prince ne se tenait pas un homme comme on pourrait s’y attendre, mais bel et bien un grand loup blanc aux pattes noires qui était certainement en train de chasser.
« Cid, reprit Horace, enfin je te trouve ! Effectivement, je suis navré, mais si je t’ai quitté pendant si longtemps, c’est que j’y étais contraint. De plus, si je suis revenu si tard et si soudainement, c’est à cause d’une menace qui nous a récemment été rapportée par nos espions qui sont postés dans les royaumes voisins.
-Qu’y a-t-il donc ? questionna le loup d’un ton inquiet.
-Tu connais certainement Vergris le Tyran, qui a pris le pouvoir du royaume de l’Est en empoisonnant son roi. Eh bien, il semblerait que sa soif de pouvoir ne soit pas étanchée et qu’il veuille s’en prendre à nous. Apparemment, quelque chose l’intéresse sur notre terre, et c’est justement pour cette raison que je suis là.
-J’écoute… murmura le loup en s’asseyant sur ses deux grandes pattes arrière.
-Vergris a une armée bien plus puissante que la nôtre : même sans pouvoirs magiques, il est bien trop fort. C’est pour cette raison que nous pensons qu’il nous attaque, car tu n’es pas sans savoir ce qui se trouve dans le sous-sol anti-magique du château ?
-Tu parles de ce coffre qui contiendrait une puissance magique infinie et incontrôlable ?
-Exactement !
-Mais ce n’est qu’une légende, s’impatienta l’animal.
-Malheureusement, c’est notre seule piste, et même si le contenu du coffre reste incertain, le coffre, lui, existe bel et bien.
-Mais, dans ce cas, en quoi suis-je concerné ?
-Écoute jusqu’au bout, tu vas comprendre.
-Bien. Mais rentrons, nous serons plus à l’aise dans ma tanière, et il vaut mieux que personne ne nous entende. »
Quelques minutes plus tard, après avoir pénétré dans la tanière du loup, Horace reprit : « Donc, je vais résumer, Vergris veut la puissance du coffre, mais ce coffre ne peut être ouvert que grâce à trois clés qui sont normalement gardées par trois mystérieux individus, un se trouve dans la forêt d’Arkania, un autre est Yin Yan, le grand roi des trois royaumes du Nord, et en dernier un homme dont personne ne
connait aucune information. C’est maintenant que tu entres en jeu, nous ne pouvons pas nous permettre de laisser Vergris récupérer la puissance infinie du coffre, sinon, c’est la fin de tous les royaumes. Nous devons donc trouver un moyen d’ouvrir le coffre afin d’utiliser sa puissance contre Vergris. C’est pour ça que j’ai besoin de toi, nous allons partir à la recherche des trois clés et les ramener afin que j’obtienne les pouvoirs pour nous protéger de l’armée du Tyran. J’ai demandé de l’aide à mon père, mais il ne pouvait pas envoyer son armée au risque d’être à la merci totale de Vergris, qui peut arriver n’importe quand. Donc, si tu m’aides et que nous partons demain matin, on pourra peut-être revenir à temps pour sauver le royaume. Tu… Tu veux bien m’aider ?
-Évidemment, je ne t’abandonnerai jamais, ça, tu le sais, mais… Quelque chose m’agace. Tu te rends compte que plusieurs anciens héros ont passé leur vie à chercher ces clés et ont tous plus ou moins échoué, or, même si nous savons où se trouvent deux des trois clés, nous ignorons un emplacement et nous avons un temps très limité. Et même si par chance nous arrivons à retourner au château avec les trois clés, tu te souviens que cette magie, en supposant qu’elle existe, est censée être très difficile à contrôler.
-Je sais que beaucoup de critères sont contre nous, mais nous n’avons pas le choix, Vergris possède l’armée la plus puissante du monde et s’il s’empare de cette magie c’est la fin, ce n’est pas pour rien que le coffre est dans une chambre anti-magie depuis des millénaires, on ne sait pas ce que les ondes magiques qui en émanent peuvent créer. Quant à l’emplacement de la troisième clé, je demanderai au grand roi du Nord ou à l’homme qui vit dans la forêt d’Arkania, et pour la magie… J’ai toujours eu une particulière affinité avec la magie, je… Je pense que je m’en sortirai, il le faut. S’il te plaît, fais-moi confiance, et puis, je sais que tu adores ce genre d’aventure et le goût du danger, je te connais bien.
-Un peu trop, on dirait ! bien, je n’ai pas le choix, j’accepte de t’aider. Reposons-nous et demain matin nous partirons !
ACTE 2
Après une courte nuit de repos, ils se mirent en route pour le palais du grand roi Yin Yan. Le voyage dura deux jours. Durant ces deux journées, ils se firent attaquer par un groupe de bandits, ce qui n’attira pas leur attention, c’était après tout commun dans la région. En outre, ils purent admirer la montagne bleue, un des rares vestiges de la première civilisation, dont les seuls descendants sont la famille royale de Canope.
C’est donc aux alentours de midi qu’Horace et Cid arrivèrent à l’entrée du palais.
« Halte-là ! Par ordre de Sa Majesté, personne n’entre sans une autorisation ou un laissez-passer. »
Devant nos amis se tenaient deux gardes dont un avait entamé la conversation et avait, d’un geste simultané à celui de son acolyte, approché son épée devant la porte pour faire bouclier. Était-ce à cause de l’apparence de nos héros ? En effet, c’était plutôt rare de voir venir devant le palais du roi une grande personne aux yeux et aux cheveux courts d’or, équipé d’une hallebarde en acier. Sans parler du grand loup noir et blanc, dont la plupart des congénères sont sauvages et attaquent les gens au premier regard… Non, celui-ci semblait neutre à l’idée d’être dans une ville.
« N’ayez aucune crainte, je suis Horace, prince du royaume central, j’ai un laissez-passer de par mon rang.
-Bien, et cet animal ? Vous savez qu’on n’accepte pas les chiens ici !
-Je ne suis pas un chien ! Je suis un loup ! Et je ne suis pas un simple loup, j’ai des dons particuliers, comme celui de la parole.
-Oh ! Désolé, mais… Vous êtes sûr de ne pas en faire un peu trop ? Non parce que là, heu… Non. Je suis désolé, aucun animal n’est admis à l’intérieur ! reprit le garde d’un air sévère.
-Mais je vous dis que…
-Du calme, enchaîna Horace, tu peux m’attendre ici, je serai rapide.
-Boarf…
-Bien, veuillez entrer s’il vous plait, et vous, dit le gardien en pointant du doigt le loup, pas de geste brusque ! »
Quelques minutes plus tard, alors que Cid se lamentait auprès du garde, notre héros avait obtenu une audience auprès du roi. Malheureusement, même après négociation, il ne put faire mieux qu’attendre plusieurs heures avant de pouvoir enfin lui parler. Il se tenait maintenant devant lui : « J’ai entendu dire que vous étiez à ma recherche et que vous étiez de la famille royale centrale, est-ce vrai ?
-Tout à fait sire, je suis désolé de vous prendre de votre temps, mais j’ai une requête à vous demander, plus précisément, j’ai besoin d’aide pour sauver le monde.
-Ah ! Le monde ! Vous n’avez pas plus de détails ? Le monde m’a abandonné, je n’ai aucune dette envers lui.
-Comment ? Que voulez-vous dire ?
-Le monde m’est étranger depuis qu’hier, un voleur s’est introduit chez moi et m’a volé mon bien le plus précieux, qui de plus, m’avait était confié par votre père.
-Vous… Vous ! Vous parlez de la clé ?!
– Je vois que votre père vous a mis au courant. Effectivement, un voleur du nom de Rioco m’a subtilisé ma clé et j’ai peur de savoir pourquoi… De plus, j’ai l’impression que même mes gardes sont corrompus, je pense qu’ils l’ont laissé faire, et s’ils faisaient bien leur travail, ils vous auraient fait passer devant moi dès votre arrivée.
-Mais… Non ! »
Horace se leva tout en paniquant.
« La clé ! C’est ce pour quoi je suis là ! J’ai été envoyé, accompagné d’un ami pour récupérer les trois afin d’acquérir le pouvoir suprême. Nous devons nous dépêcher, l’armée de Vergris est en marche pour ma capitale, il veut récupérer cette puissance, et notre seul moyen de l’arrêter est que j’obtienne ce pouvoir !
-Que… Que dîtes-vous ? Avez-vous une preuve de ce que vous avancez ?
-Vous croyez que le prince de Canope ferait un voyage de deux jours pour vous faire une mauvaise blague et qu’il repartirait aussitôt pour encore deux jours de voyages ?
-Je… Effectivement, mais dans ce cas il vous faut vous dépêcher, tout ce que je sais sur Rioco, c’est qu’il vit au sud-est d’ici dans une grotte, non loin de la forêt d’Arkania et que dans son repère se trouve une bonne poignée de bandits. J’ai bien essayé d’y envoyer des gardes, mais ils trouvent toujours une excuse, ils sont corrompus jusqu’aux os, faites attention. Il y en a tout de même un en qui je peux avoir confiance, c’est mon garde personnel, Isake. Je ne pouvais pas l’envoyer tout seul, en revanche, s’il vient avec vous, je suis sûr que vous y arriverez !
-Je vous remercie de tout coeur, Isake reviendra dès que nous en aurons fini avec Rioco.
-Bien, je vais le prévenir, vous pourrez partir avant ce soir.
-Dans ce cas j’attendrai à l’entrée avec mon ami ! »
Ce fut donc après une discussion tant attendue qu’Horace retrouva Cid dans les cachots. En effet, celui-ci avait tenté d’attaquer le garde qui l’avait immédiatement expédié en prison. Bref, après quelques pièces d’or perdues, la caution avait été payée et Horace n’eut que le temps d’expliquer le bilan à son ami, avant qu’Isake n’arrive. Il semblait être un homme bien entraîné, il avait les cheveux courts et blonds, il était de taille moyenne, vêtu de blanc et de bleu et armé d’une longue épée. Le départ fut rapide, et durant le voyage, nos amis eurent le temps d’adopter une stratégie, simple, mais efficace.
« Bon, résumons, si nous continuons à cette vitesse, nous arriverons au repère de Rioco en plein milieu de la nuit. Cela devrait nous permettre de nous infiltrer discrètement, et pendant que vous monterez la garde au niveau du chef et des sujets, je subtiliserai la clé, puis nous nous enfuirons, c’est bien cela ?
-Tout à fait. Et toi Cid, ça te va ? Questionna Horace.
-Ça m’a l’air risqué, donc évidemment que j’accepte ! »
ACTE 3
Comme prévu, nos trois aventuriers arrivèrent devant la grotte au beau milieu de la nuit. Ils se reposèrent quelques minutes avant d’enfin entrer dans le repère du voleur. A l’intérieur de la caverne était en fait creusé un véritable labyrinthe qui n’était éclairé que par de rares torches, il était donc très difficile de s’y orienter. Cependant, grâce à l’aide d’Isake, ils trouvèrent sans peine l’antre du maraudeur. Rioco y était endormi sur un lit de paille. Il était seul et quelque chose de rouge et brillant
était posé sur une commode : c’était certainement la clé. Celle-ci se trouvait juste à côté du bandit, il allait donc falloir être prudent. Isake fit un signe de tête à Horace et Cid, puis commença à discrètement s’avancer vers la commode.
Aucun son ne se produisait, tout était calme, Horace le remarqua, il pensait que tout était parfait, jusqu’au moment où Cid prit la parole d’un ton inquiétant : « Tu as vu ? murmura-t-il, de façon à ce qu’Isake n’entende rien.
-Je ne suis pas sûr, il s’est penché vers Rioco ? C’est mal éclairé.
-C’est vrai, mais grâce à mes oreilles de loup, j’ai remarqué autre chose ! Il lui parle !
-Comment ?
-Attends, j’écoute… »
Isake était effectivement en train de parler discrètement avec Rioco qui avait dû se réveiller, mais Horace, qui était épuisé et qui avait du mal à apercevoir quoi que ce soit, ne remarqua rien.
Quelques secondes plus tard, il vit le regard le plus effrayé que Cid n’eût jamais fait.
« Qu’est-ce qu’il y a ? »
Le loup semblait tellement perturbé qu’il en perdait les mots.
« Il… Il… nous… a… tra… trahi !
-Quoi ? Parle normalement !
-Il… nous a trahis !
-Pardon ? Qui ? Isake ?
-Oui, il vient de réveiller Rioco et de lui dire qu’il ramenait enfin des gens à assassiner ! Partons ! Allons partons, vite !
-Mais, il nous faut la clé ! »
Alors que Horace prononçait ces derniers mots, Rioco bondit hors de son lit de paille et commença à crier : « C’bon les gars, réveillez-vous ! Kolu en a chopé que’ ques’ uns ! »
À peine Horace et Cid eurent-ils le temps de réagir qu’ils remarquèrent des trappes au sol qui s’ouvraient et une dizaine de silhouettes en sortir. Ils faisaient face à une troupe de bandits aux visages écorchés. La plupart d’entre eux étaient armés d’une machette, d’une dague ou dans le cas d’Isake et de Rioco, d’une épée longue. Horace put enfin apercevoir à quoi ressemblait ce dernier, il était petit et avait de longs cheveux bruns qui lui descendaient jusqu’aux épaules. Isake commença par dégainer son épée puis par s’approcher d’Horace tout en entamant la conversation : « Alors, c’est dommage hein ? Vous n’allez pas pouvoir récupérer votre chère clé ? »
Il parlait avec un ton dramatique, à un point tel qu’il en devenait ironique. En fait, il était certainement en train de se moquer des aventuriers. Rioco prit la parole : « T’nous ramènes enfin d’gens à d’trousser ! Bof, même si y en a qu’un, en c’moment y nous faut absolument d’fric. » Isake s’était arrêté à deux pas d’Horace et reprit : « Et ce n’est pas n’importe qui que je ramène, c’est le prince du royaume central ! »
Plusieurs applaudissements se firent entendre et Cid commençait à regretter d’avoir accepté le plan. Horace prit la parole : « Isake ! Reprends-toi voyons ! Tu ne vas pas me dire que tu es de mèche avec ce vil serpent qu’est Rioco !
-Alors commence par m’appeler Kolu : Isake, c’était un faux nom que j’avais pris pour protéger le roi. Enfin, je veux dire, pour soudoyer et corrompre ses gardes. D’ailleurs, tu ne connais pas la meilleure ? Tu es ici pour empêcher Vergris de récupérer les clés, mais malheureusement pour toi, nous travaillons pour lui, tu as donc échoué face aux hommes de ton rival, c’est triste non ? »
Des rires retentirent dans la salle puis Rioco ajouta : « Bon, c’pas tout ça, mais m’tenant vous avez plus l’choix, soit vous vous rendez et v’ souffrirez pô, soit vous r’ culez et vous vous engagez dans l’labyrinthe, autant dire qu’on vous r’ trouvera avant qu’vous ayez trouvé la sortie. Qu’est c’que vous choisissez ? »
Horace et Cid s’échangèrent un regard, Cid rigola d’un rire de défi puis annonça : « Désolé mon gars, mais grâce à mes sens de loup bien plus développés que les vôtres, je trouverai la sortie avant même que tu n’aies eu le temps de dire Kolu. »
Isake, ou plutôt Kolu lui répondit immédiatement : « Oui, c’est moi. »
Puis il asséna un violent coup d’épée dans le flanc de l’animal qui poussa un hurlement de douleur. Alors que le traître retirait son arme et que le sang du loup qui hurlait coulait à flots, Horace cria : « Dans ce cas, vous ne nous retrouverez jamais, ni nous, ni la clé ! »
Il se passa alors l’impossible, et Horace utilisa sa magie pour créer une puissante explosion de lumière afin d’aveugler toutes les personnes présentes dans la salle sauf Cid et lui-même. Il profita du moment d’inattention durant lequel tous les malfrats criaient, se protégeaient les yeux et lançaient plusieurs injures pour s’éclipser, puis soulever le loup et commencer à courir dans le labyrinthe.
« Tu te sens capable de me guider ? Si on s’en sort, je pourrai au moins atténuer la douleur avec ma magie !
-Argh… Je… Oui, là, à… gauche. »
Finalement, en très peu de temps ils arrivèrent au bout et sortirent enfin de la caverne. Arrivé dehors, Horace posa immédiatement Cid au sol, se retourna, et tendit ses mains vers la grotte. Il commença à scander une invocation composée de mots incompréhensibles pour les gens qui ne pratiquent pas la magie. Des voix se rapprochaient de la sortie quand il finit enfin son incantation. Un violent choc se produisit alors dans la roche située au-dessus de la caverne, qui s’effondra sur elle-même. La dernière chose qu’Horace entendit émaner de la caverne fut un bruit sourd puis une succession de mêmes bruits, mêlées à plusieurs craquements d’os. Enfin, ils en avaient terminé avec cette grotte. Mais Cid, agonisant, perdit conscience.
Quand, tout d’un coup, il sentit un nouveau souffle dans ses poumons, du nouveau sang dans ses organes, et une nouvelle âme dans son corps, il ouvrit les yeux. Il faisait jour, Horace se tenait au-dessus de lui, les yeux fatigués et pleins de larmes.
« Où… suis-je ?
-Nous sommes à l’entrée de la forêt d’Arkania. Ne parle pas trop, j’ai passé toute la nuit à te transporter jusqu’ici et toute la matinée à te soigner. Malheureusement, si tu ne repars pas tout de suite chez mon père, tu risques de mourir de tes blessures, je n’ai fait qu’atténuer la souffrance et l’hémorragie. Lui seul saura te guérir complètement.
-Je… Mais et les clés ?! »
Horace sortit de sa poche une grande clé rouge.
« Ne t’en fais pas, j’ai réussi récupérer celle-là avant de nous enfuir de la caverne.
-Bien joué… Mais laisse-moi venir avec toi, je ne peux pas te laisser seul pour aller voir le gardien de la forêt !
-Quel gardien ?
-Le… L’homme mystérieux qui vit dans ici, je le connais, il est très fort, et il n’est pas très commode, il ne te laissera certainement pas récupérer la clé ! Il paraît qu’il est immortel… Tu n’as aucune chance…
-Il faut que j’y aille ! Je dois absolument récupérer sa clé ! Même si je devais mourir pour sauver le monde, je le ferais !
-Je suppose que mes paroles n’y changeront rien… Dans ce cas, vas-y, mais… tâche de revenir vivant, et demande-lui où est la troisième clé si tu peux.
-Merci, Cid…
-Au revoir… Horace… »
C’est sur ce discours qu’Horace vit Cid se lever et commencer, d’un pas hésitant, à partir en direction du château. Horace allait devoir demander de l’aide au gardien de la forêt et peut-être en venir aux armes, ce n’était pas une tâche à prendre à la légère, lui-même savait qu’il n’en reviendrait probablement pas vivant. Mais il devait réussir, pour sauver le monde.
ACTE 4
Après plusieurs heures de marche dans les bois, Horace arriva au bord d’une falaise qui semblait longer la forêt. Quelques mètres avant le vide se trouvaient un piédestal sur lequel était disposée une clé verte, de même taille que celle récupérée précédemment. Il s’avança…
« Qui es-tu ? »
Une voix mystérieuse et vide s’éleva, il était impossible de décrire l’endroit précis d’où elle provenait, car elle semblait provenir de la forêt elle-même.
« Je suis là pour la clé ! »
La voix insista d’un ton agressif : « Qui es-tu ?
-Je… Je suis Horace Mordos, prince du royaume central ! Et j’ai besoin de la clé pour sauver… pour sauver le monde !
-Évidemment. Mouahahahaha ! »
Sous le tapis de feuilles qui se tenait devant le socle s’éleva un être gigantesque. Il sortait du sol tandis que les branches des arbres autour d’eux grandissaient d’une vitesse si fulgurante, que lorsque la créature était complètement visible, on ne voyait plus le ciel au-dessus des feuilles. Ce qui s’apparentait au gardien de la forêt mesurait trois mètres et ressemblait plus à un mage encapuchonné qu’à un homme. Il était vêtu d’une robe verte qui empêchait de voir ses pieds et d’une capuche qui assombrissait son visage sur lequel on pouvait distinguer de nombreuses cicatrices.
« Je suis Ifa, gardien de la forêt d’Arkania, et je te demande de m’écouter. Il y a de cela mille ans, une civilisation d’humains semblable à la vôtre vivait sur cette planète, à la différence près que n’importe qui avait la possibilité de faire appel à la magie. Ces gens avaient le devoir de protéger un coffre. Ce coffre, qui contenait une puissance magique infinie, fut la cause de la grande guerre entre les peuples de cette époque. En effet, tout le monde voulait le coffre, que ce soit pour ses désirs personnels ou pour son peuple. Enfin, presque tout le monde. Il existait tout de même un groupe de résistants qui protégea le coffre jusqu’à la mort. Mais à la fin de la guerre, ils cédèrent face aux armées trop nombreuses de leurs ennemis, et le coffre fut ouvert. Heureusement pour nous, la personne qui ouvrit le coffre n’avait pas d’affinité magique assez développée pour contenir le pouvoir et n’eut d’autre choix que de laisser s’échapper cette aura surpuissante. Le monde en fut gravement touché, et la plupart des mortels moururent sous le poids de l’environnement magique. Mais les meilleurs et les plus résistants survécurent, jusqu’au jour où ils purent enfin sceller la magie dans un nouveau coffre, qui cette fois-ci ne pouvait s’ouvrir qu’à l’aide de trois clés. Les dieux, pour punir les humains et remercier les héros, effacèrent les souvenirs et détruisirent toute magie en ces êtres, sauf pour les meilleurs, qui sont aujourd’hui, ta famille et moi, après quoi, les derniers mages furent confiés à protéger le coffre. Nous choisîmes de garder secrète l’histoire du monde et de disperser les clés dans le pays afin de tous nous faciliter la tâche en protégeant chacun une d’entre elles. Je fus convié à rejoindre cet endroit pour protéger la verte. La rouge fut envoyée au royaume central, mais elle fut récemment donnée au royaume du Nord. Et enfin, la blanche fut donnée à un puissant guerrier qui a été tué il y a quelques années et dont la clé a été récupérée par un homme qui connaissait la légende. Maintenant que tu sais cela, penses-tu toujours que c’est une bonne idée d’ouvrir le coffre et de répéter la tragédie ?
-J’ai bien conscience du risque que je prends, mais l’histoire se répète déjà et Vergris envoie ses armées pour récupérer le coffre. Si je ne la lui avais pas volée, il aurait déjà une clé en sa possession. »
Horace montra la clé rouge.
« Hum… »
Le gardien hésita longuement puis reprit : « Bien, tu peux la prendre.
-Mer…
-Si tu me prouves que tu es bien capable de contenir ce pouvoir en me battant.
-Mais ? Vous êtes sûr qu’il faut en arriver jusque-là ?
-Je dois protéger cette relique jusqu’à la mort, et c’est ce que je vais faire, si tu ne me bats pas, tu vas mourir.
-Dans ce cas. »
Horace sortit sa hallebarde qui était accrochée derrière son dos, et la pointa en la tenant fermement vers le gardien. S’ensuivit alors un combat époustouflant durant lequel l’aventurier attaquait et se protégeait. Ifa avait développé de puissants pouvoirs, il invoquait d’énormes ronces plus
grosses qu’un bras, qui à elles seules suffisaient à le protéger face aux puissants coups d’Horace. Il attaquait avec la même technique qui semblait tout de même ne pas suffire pour vaincre notre héros. Après de longues minutes, Horace lança : « Si tu n’es pas capable de mieux, je vais en finir tout de suite ! »
Ses yeux et ses cheveux changèrent de couleur, ils étaient passés du jaune au rouge. Il incanta quelques paroles, puis tendit les bras en direction du barrage de ronces que formait le gardien. Une boule de feu semblait se créer au bout de ses mains, une boule qui grandissait jusqu’à être plus grosse encore que le lanceur. C’est quand elle atteignit cette taille qu’Horace hurla : « C’est fini ! »
Et c’est alors que l’énorme flamme s’élança vers les ronces et explosa à leur contact. Pendant quelques secondes, plus rien ne se fit entendre si ce n’est le bruit du feu qui consumait ce qui se trouvait sur son passage. Quand l’aventurier rouvrit les yeux, le gardien se tenait toujours debout et n’avait pas bougé d’un centimètre. La seule chose qui avait changé, c’est que le mur de ronce avait disparu et qu’Horace était essoufflé.
« Que… Comment est-ce possible ?
-Allons, tu ne pensais pas sérieusement pouvoir me battre avec des pouvoirs si faibles ? Je te rappelle que j’ai plus de mille ans de méditation et d’entraînement derrière moi. Si c’est tout ce que tu peux faire, je vais t’achever rapidement. »
Il écarta les bras et les mains, puis une aura verte sortit de ses paumes. Au même moment, d’immenses ronces au moins deux fois plus grosses que les précédentes jaillirent de derrière Horace et l’attrapèrent au niveau de la taille pour l’empêcher de bouger. Les pointes qui se plantaient un à un dans ses flancs firent hurler Horace qui avait repris ses yeux et ses cheveux d’origines. Les plantes se resserraient de plus en plus et montaient lentement vers son cou. Il poussa un cri mêlant rage et douleur, puis s’enflamma, ce qui eut pour effet de brûler les picots, mais les lianes ne semblaient pas affectées. Elles recouvraient le haut de son front lorsqu’il put apercevoir entre deux d’entre elles Ifa, qui semblait à la fois satisfait et déçu.
Soudain, un hurlement semblable à celui d’un loup se fit entendre, puis, avant même qu’il ne comprenne, le Gardien se prit de plein fouet quelque chose qu’Horace ne réussit pas à distinguer. Il vit cependant qu’Ifa était tombé dans le vide à cause du violent choc, et il l’entendait hurler durant sa chute. Les ronces disparurent toutes d’un seul coup, et le vainqueur fut enfin libéré. Il était gravement blessé et put apercevoir sur le bord de la falaise ce qui avait percuté le Gardien. C’était un grand loup blanc aux pattes noires. Il était allongé sur le côté, sa blessure au flanc était ouverte il et semblait presque mort. Tout en avançant vers lui Horace demanda : « Cid ?! Ce… C’est toi ?
-Hé… Hé hé… Oui, c’est bien moi.
-Mais… Pourquoi ? Je t’avais dit de ne pas revenir ! Tu te rends compte des conséquences de tes actes ? »
Horace était arrivé devant Cid qui reprit : « Oui… Je n’ai plus beaucoup de temps, mais je vais tout de même t’expliquer quelque chose… La clé blanche a été récupérée par un homme il y a quelques années… Cet homme… C’était moi. Je voulais réunir les trois clés… Je voulais le pouvoir ultime… Mais peu de temps après, j’étais ici et je voulais la clé verte… Après un rude combat, le gardien avait été blessé au visage, il en a d’ailleurs encore les traces. Mais il décida pour en finir, de me transformer en loup, mais ne voulant pas me tuer, et jugeant bon de me faire devenir gardien, il décida de sceller la clé dans mon âme, ce qui signifie que la clé ne sera libre que lorsque mon âme le sera… C’est à dire… Lorsque je serai mort.
-Mais… Pourquoi tu… Non… Tu devais mourir quoiqu’il arrive ! Mais c’est injuste !
-C’est le prix à payer lorsque l’on défie les dieux. »
Cette dernière phrase n’avait pas été prononcée par Cid, mais par une voix qu’ils n’auraient jamais voulu entendre de nouveau, c’était Ifa. Il remontait grâce à son pouvoir de lévitation et était maintenant devant la stèle où était posée la clé. Il la récupéra et la tendit à Horace.
« Prends-la. Cet acte de bravoure doit être récompensé, et je ne ferais pas un bon gardien si je ne te la donnais pas.
-Mais… »
Des larmes coulaient sur les joues de Horace, et Cid, qui commençait à divaguer, prit la parole : « Je sens… Mon souffle diminué… Mon sang bat la mesure de ma souffrance qui argh…
-Tais-toi ! » Répondit Horace en pleurant.
Cid ferma les yeux. Il voyait les plaines infinies dans lesquelles il jouait avec son ami. Il voyait son enfance, sa mère, son père, et tous ses amis. Il voyait les champs de fleurs du paradis, les volcans infernaux de l’enfer et il voyait… une clé. Une clé d’un blanc plus pur que n’importe quelle neige, n’importe quelle lumière, ou n’importe quelle âme… Il ne bougeait plus… Il ne respirait plus… Il ne voyait plus rien si ce n’est cette clé… Et soudain, tout disparut…
Horace cria de toutes ses forces. Son ami Cid n’était plus et ne sera jamais plus. Une clé blanche apparut à côté du défunt loup. Le Gardien, ému, murmura : « Toute histoire a une fin. Celle de Cid vient de se terminer, à toi de finir la tienne. »
Horace, dans un dernier acte de bravoure, se releva, et attrapa les deux autres clés qu’il rangea avec la première. Il se soigna du mieux qu’il put, puis Ifa prit la parole : « Je peux te renvoyer dans ton château immédiatement grâce à mes pouvoirs si tu le souhaites.
-Oui… Merci. »
C’est sur ces derniers mots, que le Gardien posa sa main sur l’épaule de ce qui restait d’Horace, murmura quelques paroles dans l’ombre, puis le héros disparu.
ACTE 5
Ce n’était plus un Horace jovial et excité qui était dans la salle du trône, mais un Horace mâture, qui venait de perdre un de ses biens les plus précieux, et qui allait tout faire pour sauver son peuple. Son père était assis sur le trône, quand il apparut devant lui. Le roi sursauta et questionna : « Ho… Horace ?! C’est bien toi ?
-Oui. J’ai les trois clés, je vais ouvrir le coffre. »
Il parlait d’un ton monotone et ne semblait plus doté d’émotion.
« Mais… comment as-tu fait ?
-Plus tard ! Nous n’avons pas le temps, père. »
Horace se rendit dans les souterrains accompagnés du roi et arriva enfin devant le coffre.
« Mon fils, d’après nos éclaireurs, Vergris arrivera dans quelques heures, nous n’avons plus le temps d’attendre. Je vais te laisser seul… Reviens-moi vite. »
Sur ces mots, il sortit de la salle et laissa Horace seul avec le coffre. L’aventurier avait les trois clés en main. Il mit la première, la rouge. Ensuite, la verte. Puis enfin, la blanche. Tout allait enfin finir, il allait découvrir ce qu’était la puissance.
Lorsqu’il ouvrit le coffre, il vit immédiatement une lueur blanche au fond de celui-ci. Il l’attrapa, la serra fort contre sa poitrine, puis, plus rien. Il était dans un espace blanc, et ne voyait qu’une chose, une femme. Elle devait avoir le même âge que lui, elle avait une tenue rouge et jaune, et avait de longs cheveux blonds accompagnés de magnifiques yeux bleus. Elle se mit à murmurer d’une voix douce, mais à partir de ce moment-là, Horace fut troublé et se réveilla dans la salle où se trouvait le coffre. Il ne se souvenait plus des paroles qu’avait prononcées la femme. La seule chose dont il avait souvenir, c’était de sa dernière phrase : « Tire ta plus puissante boule de feu vers son armée. »
Parlait-elle de l’armée de Vergris ? Certainement. En tout cas, ce qui le troublait le plus, c’est qu’il n’avait pas l’impression d’être plus puissant qu’auparavant. Mais il était sûr de gagner la bataille.
À peine deux heures plus tard, Horace était devant les portes du château et Vergris et son armée étaient en face de lui, prêts à attaquer. Horace avait demandé à son père de ne pas envoyer ses propres troupes, affirmant qu’il n’en aurait pas besoin. Vergris rigola et cria : « Aaaaaaah, je vois que vous abandonnez avant même le début des hostilités. Rejoignez-moi et je ne vous ferai aucun mal. »
Vergris était difficile à supporter, il parlait avec une voix qui était prétentieuse et avait un caractère plein de mauvaise foi. Malheureusement pour lui, tout le monde savait qu’il ne s’était jamais battu de sa vie et que sa force résidait dans sa façon de corrompre les gouvernements. Horace lui lança un regard noir et reprit : « Vergris ! Tu es sûr de ne pas vouloir renoncer ? Si tu ne le fais pas, je vous tuerai tous !
-Ahahaha, la peur te fait délirer, mon pauvre ! »
Horace sourit, et dit tout en baissant la puissance de sa voix : « Je te dirais bien que je suis désolé, mais ça serait mentir ! »
Il sourit, puis pointa ses mains vers Vergris et son armée. Il se mit à pousser un cri de plus en plus fort, ses yeux et ses cheveux changèrent une fois de plus de couleur, et des flammes se formèrent dans ses paumes. Il écoutait le conseil de la mystérieuse déesse, et mettait le maximum de puissance dans sa boule de feu. Elle mesurait presque deux mètres de diamètre lorsqu’il vit la femme apparaître à côté de lui. Elle sourit, puis elle mit ses mains sur la boule de feu d’Horace et il sentit tout d’un coup la puissance des flammes se décupler, et augmenter sans fin. Puis, il tira. La vague déferlante traversa la moitié des rangs de l’armée adverse avant d’exploser. L’explosion fut si forte que le sol trembla et qu’un cratère se forma dans un rayon d’au moins cinquante mètres. Il ne restait rien de Vergris et ses fidèles, et la femme avait disparu.
Horace restait troublé, et ne comprenait pas une chose. Pourquoi sa boule de feu n’avait augmenté en puissance que lorsque cette femme avait mis ses mains en contact avec celle-ci ? Pourquoi n’avait-il pas un pouvoir infini ? Fallait-il du temps avant de le maîtriser ? Il dut attendre plusieurs années, avant de faire un rêve durant lequel il revoyait toute la scène qu’il avait oubliée.
La femme lui murmurait : « Il est temps que tu saches la vérité. Je suis la déesse de la magie, Cyrielle, et j’ai jugé bon, il y a plusieurs années, de retirer ce pouvoir du coffre, en craignant qu’une nouvelle catastrophe ne se produise. Mais ne t’inquiète pas, je comprends ta détresse et tu mérites plus mon aide que Vergris, alors tire ta plus puissante boule de feu vers son armée. »
En se réveillant, il se rendit compte que la mort de Cid fut vaine, que sa quête n’avait servi à rien, et que sa puissance actuelle n’était pas plus grande que celle des jours anciens.
Plus tard dans la journée, Horace rendit visite au tombeau du défunt loup. Il déposa quelques fleurs avant de murmurer : « Cid, cette nuit, j’ai appris la pire des vérités. Le pouvoir ultime n’existe plus. J’ai passé ces dernières années à le rechercher en moi, alors que je ne suis pas plus fort que lors de notre dernière rencontre. Toute ma quête a finalement été inutile. En échange de la vie d’un ami, j’ai sauvé des milliers de personne. Est-ce là une fois de plus le prix à payer lorsque l’on défie les dieux ? Était-ce la seule solution ? Sacrifier les gens qu’on aime ? »
Des larmes coulaient sur ses joues, il fixait la tombe du regard et prononça ces derniers mots : « Je vais garder la disparition du pouvoir secret maintenant. Ça me permet d’éloigner les forces ennemies. Je suis désolé de n’avoir rien pu faire… Même si c’était la seule solution, je n’arrive pas à l’accepter. J’espère que tout se passe bien pour toi. Moi, j’ai l’impression d’avoir perdu une partie de moi-même, et d’en avoir gagné une nouvelle… »