Espèce de souvenir. C’est une montagne du canton de Fribourg. Mes parents avaient décidé que je n’aurais pas à être paysan, qu’il fallait que je continue à étudier et que je devais apprendre un peu de français. Pour cette raison, ils m’ont envoyé dans un collège de prêtres au pied du Moléson. » Giovanni Orelli Dans la première des neuf nouvelles qui composent ce recueil, le narrateur – à l’occasion d’un repas d’octogénaires qui semble réunir les participants à ce qui fut un séjour linguistique estival en pleine Deuxième Guerre mondiale – revisite un épisode de sa jeunesse : une journée particulière, dans cette Arcadie helvétique, où les soeurs du collège les ont envoyé cueillir des myrtilles pour les confitures . Mais à l’appel de midi, la plus belle fille du groupe et un jeune homme manquaient ! La truculence du dialogue vient de ce que l’un des deux personnages est cette jeune fille et l’autre, le narrateur, son confident de l’époque. Dans ces nouvelles qui passent du récit au conte ou à la fable, on retrouve les thèmes chers à l’auteur : l’école, le monde paysan, les animaux (domestiques et sauvages), l’inquiétude des mères dont les fils ont émigré, les amours de jeunesse (rêvées plus que consommées), la vieillisse, la vie et la mort. Si Orelli les a publiées à 86 ans, sa verve insoumise n’en est pas moins accentuée. Une imagination débordante soutenue par une ironie pleine de vie (jamais résignée) ne fait de concessions à rien ni à personne.

Corollaire presque rabelaisien de cette veine : l’enchevêtrement des langues et des langages : italien standard, dialecte tessinois, citations latines, grecques – orgie de langues qui est à son apogée dans la septième nouvelle, où l’instituteur d’un village isolé des Alpes d’adonne à des expérimentations poétiques dignes de l’Oulipo. Ces jeux côtoient une culture catholique omniprésente au même titre que les références à la culture classique, païenne,. Un mélange irrésistible, porté par un regard critique et érudit qui ne fait jamais défaut Neuf nouvelles, neuf chefs d’oeuvre. Tout est raffinement, intelligence et humour chez Orelli.

Ed. La Baconnière – 21/02/2020