« Au cours des mois suivants, un curieux astre dioscurique à deux faces répandit sa lumière au-dessus du pays étonné, autant à la satisfaction des pêcheurs que des dévots. Car si les premiers trouvaient à tout moment de quoi se satisfaire grâce au plaisir dispensé par le corps prodigue d’Helena, ces derniers pouvaient édifier leur âme grâce au reflet brillant de vertu qu’était Sophia et c’est en raison de cette dualité que pour la première fois depuis le début des temps, dans cette ville d’Aquitaine, le royaume de Dieu sur terre sembla nettement et visiblement séparé de celui de son rival. Celui qui aimait la pureté avait une sainte patronne à sa disposition, et celui qui s’abîmait dans les plaisirs de la chair avait en perspective la jouissance terrestre dans les bras de la soeur indigne. Mais dans chaque coeur ici-bas circulent d’étranges sentiers de contrebande entre le Bien et le Mal, la chair et l’esprit, et il s’avéra bientôt que c’était précisément cette dualité d’une nature inattendue qui menaçait la paix des âmes. » Dans ce singulier « récit enchâssé » paru en 1927, Stefan Zweig brosse le portrait de deux soeurs jumelles aussi apparemment semblables qu’elles ne sont en réalité opposées : car si l’une est Vertu, la seconde n’a goût que pour le Vice.