Le sous-marin de l’ingénieur Isaac Peral, qui a bel et bien existé mais n’a jamais été mis à l’eau, est une métaphore des possibles, et son spectre hante la profondeur des onze nouvelles de ce livre. Il symbolise les rêves interrompus par une main assassine, les torpilles de l’Histoire ou l’échec de l’existence. Il est le moment terrible et définitif relégué à l’oubli, qui resurgit par surprise et plonge le lecteur dans les mystères de l’espace et du temps chers à Felisberto Hernández et Julio Cortázar. Dans un bar de Montevideo qui porte son nom, il ressuscite Lola de Lodz, la femme polonaise au bras tatoué. Il nous dit, comme le célèbre tableau d’Hokusai, « Dragon dans les nuées », que toute invention, toute création, n’est jamais figée. En multipliant les lieux, les temps et les thèmes, les nouvelles de Juan Carlos Mondragón font escale dans les îles énigmatiques de la littérature. Elles sont des diamants noirs incrustés dans l’oeuvre du grand écrivain uruguayen.

Ed. Seuil – 13/02/2020