Le diable ne dort jamais

de Hubert Haddad

Sélection Prix Jeunesse – Lauzerte 2015

Des villes comme Sohelo, entre la mer et les montagnes, il en existe dans bien des coins, sûrement. Moi, avec mon œil droit, je n’en ai jamais vue d’autre. Là je suis né il y a une poignée d’années, là je mourrai ce soir ou demain. On me traite de gosse parfois; mais je n’ai jamais su jouer. Une fois, j’ai vendu mon œil gauche à la Clinique Générale pour que ma mère se soigne. Les organes des enfants de Jadropha se négocient à prix d’or dans le monde entier. Mais je suis borgne pour rien, la vieille est morte quand même. Pour lui payer une sépulture, il aurait fallu que je vende l’autre œil, ou l’un de mes reins. Celui ou celle qui a vécu au milieu des rats et des ordures peut bien se contenter de la fosse commune.

Comme tous les pauvres, je nichais alors dans l’une des agglomérations illégales de Jadropha ; elles se chevauchent sur les pentes de la Butte Creuse, elles dégringolent jusqu’au fleuve qui les sépare des faubourgs de Sohelo. La Butte Creuse est une montagne en forme de cirque ouvert, très haute, sans arbres, avec la vraie ville en bas, et plus loin l’océan inhabitable. Quand au lever du soleil on se promène sur l’asphalte entre les immeubles de verre des boulevards de Sohelo, les baraquements de cartons, de planches et de tôles ondulées qui recouvrent, incalculables, les flancs de la montagne, scintillent comme la nacre morte des huitrières. Là-haut vivent des foules, avec chiens, ânes et enfants. Délogés année après année des campagnes brûlées, les paysans et leur engeance s’y entassent sans répit. Maintenant encore, ils hissent leur charrette au-dessus des autres pour planter quatre piquets à linge ou à chèvre dans la rocaille. Les cartons s’accumulent, les bâches goudronnées, les planches étayées parfois de murs de briques. C’est un dédale d’escaliers et de ruelles plus étroites que les coursives des cargos de contrebandiers qui rouillent dans le vieux port.

Nico et moi, on logeait dans une cabane de bric et de broc, à flanc de montagne, du côté des grands réservoirs municipaux. C’est Nico qui m’a recueilli à la mort de la vieille. Mes frères et sœurs plus âgés, on ne les voyait plus ; ils travaillaient déjà pour les trafiquants de Jadropha ou pour Moïse, le voleur d’eau. Lorsque ma mère a été emportée à la grande morgue, entre les deux ponts du fleuve, des voisins sont venus arracher les tôles du toit et les planchers de sa maison. D’autres ont raflé les chaises, les ustensiles. Nico m’a dit : « Prends ta paillasse et viens chez moi, on défendra mieux la baraque à nous deux. » J’avais douze ans alors, lui ne savait pas son âge. C’est vrai qu’on s’est bien défendus. Nico ne se plaignait jamais de l’ordure et de la puanteur de cette décharge à ciel ouvert qu’on appelle Jadropha. Elle submerge la montagne de détritus, d’eaux sales et d’entrailles vivantes. Quand il pleut, les rats affolés courent partout, des tonnes de boue s’écoulent des ruelles et vont grossir le fleuve. Dans cet enfer, il y en a pourtant qui s’enrichissent. Les gangs armés et les flics des trois postes de surveillance sont tous plus ou moins aux ordres de Chris Kawasky, directeur de la Clinique Générale et représentant de Jadropha auprès des autorités de la vraie ville. Bien qu’habitant Sohelo, Chris Kawasky prend son impôt sur tous les trafics imaginables, à commencer par les armes et la drogue, s’il le faut avec l’appui de sa propre milice. Mais personne ne l’incrimine. Les autorités ont toujours eu besoin d’intermédiaires et d’entremetteurs. À Jadropha, pas une nuit ne s’achève sans fusillade ; des balles perdues traversent les murs de carton. On ramasse chaque matin des cadavres et les blessés se taisent. Chris Kawasky habite tout en bas, une grande villa de pierre avec femme et enfants, sur les bords du fleuve. Les autorités de Sohelo font comme s’il était le conseiller élu des pauvres, bien peu pourtant ont droit à la parole. Chris Kawasky de son côté n’a qu’un ennemi : Moïse, le voleur d’eau, plus rusé que tous les rats de la Butte Creuse. En voilà un qui se moque des autorités et ne coupe jamais son vin. Ces gens-là poursuivent aujourd’hui encore leurs business, ils rançonnent les uns, exploitent les autres, ils tuent et se font tuer. La ville en bas des pentes est toujours aussi invulnérable, presque irréelle derrière ses banques et ses plages privées. Là-haut, dans les trous mal étagés de la rocaille, des milliers d’yeux chiasseux l’observent interminablement avec une convoitise meurtrière.

Nico et moi, on ne s’inquiétait plus de rien. Quoique borgne, j’étais libre comme l’air depuis la mort de la vieille. Lui avait perdu toute sa famille dans des règlements de compte, hormis Gimeno, son grand frère, qui travaillait pour le voleur d’eau et ne se montrait guère. On se rappelait avoir été à l’école quelquefois. Alors que je ne savais qu’aligner des bâtons, Nico pouvait écrire toutes les lettres de l’alphabet et faire des mots entiers avec. Moi, j’avais quand même appris à lire. On descendait chaque matin à Sohelo pour trouver de quoi manger ou gagner un peu d’argent. Nous étions des centaines d’enfants à dévaler les pentes pour mendier, voler ou cirer les souliers des employés de banque de Sohelo. Beaucoup d’entre nous étaient missionnés par les caïds pour espionner ou glisser des enveloppes sous les portes et dans les boîtes.

Une fois le fleuve franchi par le plus embouteillé des deux ponts, de sorte à échapper aux nombreux contrôles, on changeait soudain de monde. Le marbre remplaçait l’ordure. Nico m’entraînait vers les grandes avenues. Il y avait un boulevard encombré de voitures du côté de la mer et de l’aéroport. On aveuglait les pare-brise avec de la mousse de savon avant de demander la pièce pour finir le travail. Il ne se passait pas un jour sans que des attaques à l’arme automatique s’en prennent à une voiture de luxe, beaucoup d’ailleurs étaient blindées et réchappaient aux rançonneurs. Quand ceux de la police se déployaient, plus agressifs encore, armés jusqu’aux dents, tirant à vue sur les loqueteux dans notre genre, on savait se faufiler jusque sous les autobus et les camions en marche. Dans les quartiers riches, plus que jamais sur le qui-vive, on approchait surtout les touristes. Certains avaient honte de nous voir leur coller aux basques et donnaient la pièce pour être débarrassés. Les gens de Sohelo acceptaient parfois qu’on cire leurs souliers. Un jour, une dame ivre nous a tendu ses talons pour qu’on les nettoie avec la langue. Mais il y a plus à plaindre que nous à Sohelo. À commencer par les parias de la Butte, ces bandes d’enfants des rues chassés de Jadropha à cause d’une sale maladie ou simplement parce qu’ils n’ont plus de famille ou de protecteurs. Les gosses sans toit, les orphelins, ceux dont les pères ont été exécutés pour trahison. Abrutis de vapeurs de colle, ils se cachent le jour dans les égouts, les parkings souterrains et même les cales des vieux cargos. Le soir, ils sortent des trous pour fouiller les poubelles géantes des palaces, piéger les pigeons endormis dans les arbres ou piller les camions des maraîchers. Les moins pouilleux se prostituent aux ombres de la nuit. Mais les escadrons de la mort recrutés dans les unités spéciales de l’armée ne laissent aucun répit aux sans-abri. Avec leurs fusils de précision, ils abattent sans sommation les gosses noirs ou métis, et capturent les petits blancs assez valides. Jamais ils ne réapparaissent.

Nico et moi, on rentrait presque chaque soir le ventre à demi plein ou à demi vide, des fruits volés dans les poches. Au secret de sa cabane, là-haut, du côté des réservoirs, on pouvait se croire heureux. Dans la maison voisine, en briques et en tôles, vivait une famille comme on en voit. Le père aux jambes cassées toujours à cuver un alcool de bois, la mère folle à lier, et Frankie, le fils survivant, une brute tatouée d’images de dragons et de poignards. Vendu aux trafiquants, il n’arrêtait pas d’aller et venir sur sa motocyclette à travers les ruelles assez larges. Il y avait aussi Lélia, la fille. Elle lisait dans les livres et partait étudier. Son frère payait tout, l’alcool du père, les études de sa sœur, des médicaments pour la vieille. Mais il haïssait le reste du monde. Quand nous remontions bredouilles de Sohelo, Lélia trouvait toujours des restes de nourriture. Elle nous apportait des bassines d’eau à peu près potable pour boire et nous laver. Sa maison était branchée au circuit camouflé mis en place par Moïse. Comme des milliers d’habitants de la Butte Creuse, Frankie payait tous les mois la facture aux receveurs du voleur d’eau. Le trafic de tuyauterie en métal ou en caoutchouc qui permettait l’acheminement de l’eau détournée des cuves de retraitement et des bassins de captage, était assuré par d’autres hommes de main. Le frère aîné de mon ami, Gimeno, était d’ailleurs l’un d’eux. Nico se désolait de ne plus le voir.

Je me souviens d’un soir d’été. Le vent du large par chance dissipait un peu l’odeur de putréfaction qui empoisonnait les pentes. Nico avait attrapé une sorte de peste qui frappait les plus exposés, dans les huttes de carton investies par les bestioles à puces et à venin. La fièvre le faisait délirer. « Qui sait si le souffle des enfants des hommes monte en haut ? » disait-il. Par les ouvertures de la cabane, un crépuscule plus beau qu’une peinture d’église s’épanouissait sur la grande mer de diamant et par-dessus les buildings de cristal de Sohelo. Dans l’ombre du soleil couchant, les pentes de Jadropha brillaient des milliers d’ampoules nues branchées par un fil à d’incroyables paquets de viscères électriques suspendus à hauteur d’homme. Effrayé sous la lampe à huile que d’énormes papillons semblaient vouloir éteindre, je ne cessais de tremper un bout de serviette dans la bassine pour éponger le front et les tempes de Nico. « Pourquoi fais-tu ça ? demandait-il. Je ne suis qu’un chat malade. » Je riais presque en l’écoutant. Les chats comme Nico se blottissent calmement dans un coin pour mourir. Mais je ne voulais pas qu’il meure. Aucun médecin n’a répondu à mes appels, pas même les infirmiers de Jadropha. Alors j’ai demandé de l’aide autour de moi, j’ai supplié tous ces gens sans secours. J’ai même tenté de joindre Gimeno par le téléphone d’un poste de surveillance. Seule Lélia est accourue à son retour de la ville. Elle est venue avec toute la pharmacie de sa maison, indifférente aux cris insensés de sa mère qui craignait la contamination. J’ai vu de mon œil unique le visage de Nico s’apaiser et les mains blanches de Leila croiser longtemps les siennes. Mon ami ne délirait plus, il murmurait des choses étranges : « Sauve-toi, va-t’en. Sauve-toi. La mort est si près. La forêt des allumettes a brûlé… » Des nuées d’étourneaux s’étaient abattus dans un bruit d’averse sur les toits de tôle ondulée. Leurs maigres piaillements réunis faisaient un boucan féroce. Puis le silence de la mer s’est étendu sur les pentes. À peine plus distinct qu’un vol de moustique, un bruit s’amplifia en grondement. C’est alors que Gimeno a surgi, une cigarette aux lèvres ; il semblait inquiet, les traits tirés. Il ôta son blouson de cuir et se dirigea vers l’enfant couché sans même s’apercevoir de notre présence, à Lélia et à moi.

– J’ai appris que t’étais malade par un flic, imagine-toi…

Assis au chevet du gosse, il ne savait plus que dire. Il nous considéra tour à tour et des pieds à la tête.

– Ça va aller, dit-il. Un docteur viendra dans la nuit.

Encore assis, d’un geste brusque, il me tendit une liasse de billets froissés, de ceux qu’on gagne l’un après l’autre. Lorsqu’il se releva sous la lampe à pétrole, son regard chercha celui de Leila et s’éclaira soudain.

– Diable, quelle beauté ! On ne s’en rend pas compte au premier coup d’œil.

C’est vrai que Leila resplendissait ; on aurait dit une nuit d’étoiles en plein jour. Son rire de fille en réplique au compliment nous surprit tous, comme si le bonheur était possible.

Quand Gimeno réapparut sans qu’on l’attende, le lendemain soir, son jeune frère allait déjà mieux. Venu on ne sait d’où peu avant l’aube de ce jour, un curieux médecin aux manières de paysan lui avait imposé les mains, après la piqure et l’examen au stéthoscope. Malgré sa nervosité, Gimeno se montra soulagé par les signes de guérison. Il lançait des coups d’œil inquiets vers l’entrée ou la fenêtre aux carreaux de papier huilé.

– Va-t-elle venir ? dit-il enfin.

– Qui ça ? demanda Nico.

– Ta belle voisine, va-t-elle te rendre visite ?

Mon ami comprit alors ce qui l’amenait. Malgré son dépit, il n’en était pas fâché. Dans le visage ironique et dur de son frère aîné s’attachait quelque chose de la famille dispersée, un peu du grand-père, un peu même des sœurs.

Quand il revint à la même heure, le troisième soir, Nico allait encore mieux. Et Leila était à son chevet. Nous autres, enfants, trouvons très drôles les singeries des plus grands pour se plaire.

– Ah quelle surprise ! s’exclama Gimeno. En Orient, paraît-il, Leila veut dire la nuit.

– Et elle va bientôt tomber, il faut que je rentre.

Ce petit jeu dura une semaine entière ; Nico était guéri, les visites de son frère le réjouissaient. Avant de monter sur sa moto, il fourrait dans ma paume deux ou trois billets froissés. Nous n’avions plus à courir la famine sur les boulevards de Sohelo. Mais le bonheur n’est pas fait pour durer. Un autre soir, de retour des docks où il livrait sa marchandise, Frankie surgit dans la cabane en diable jailli de sa boîte. Dès qu’il aperçut sa sœur, il lança un pied rageur dans l’espèce de table bricolée avec des cageots de bois blanc. Les dragons et les poignards tatoués de ses bras nous défiaient à chaque geste brusque.

– Rentre à la maison ! gueulait-il. Je t’interdis de fréquenter ces rats!

Comme Leila se rebellait, les yeux pleins d’éclairs, il la saisit violemment par le bras et les cheveux. Nico se jeta aussitôt sur lui pour le mordre ou le griffer, mais un coup de genou le plia en deux. C’est à ce moment, par faute du hasard, que son frère Gimeno apparut. Quand il vit Nico tordu de douleur au sol et la fille se débattant, son réflexe fut de brandir un pistolet à grenaille extirpé de son blouson.

– Lâche-la où je te sèche, dit-il avec ce flegme de la colère montée au paroxysme.

Tout en resta là pour l’heure. Frankie et sa sœur se retirèrent l’un après l’autre. Au regard glacial de Leila restée un instant sur le seuil, il crut comprendre la situation.

– On se voit demain ? lança-t-il presque en s’excusant.

– Je ne fréquente pas les voleurs d’eau !

Elle fit claquer ces mots avec cette violence qui cache la crainte du drame.

Gimeno pâlit. On ne le revit pas de toute la semaine. Et Leila ne se montra plus aucun soir. Notre quotidien de vacarme et de dévastation, de rapines et de règlements de compte allait bon train sur les pentes, tandis que l’invincible Sohelo dissimulait le véritable empire du crime derrière ses façades de verre et d’acier. Un événement insolite agita un matin toutes les agglomérations de Jadropha : l’eau claire des bassins municipaux s’était mise à jaillir sans retenue par les robinets, les tuyaux et les fontaines. On n’avait plus à payer l’impôt. Ce miracle provoqua un moment d’effervescence et les plus pauvres se mirent à s’asperger à grandes brassées aux yeux de tous en poussant des cris de joie. Cependant tout rentra dans l’ordre quelques heures plus tard. C’était une farce sans doute, le défi d’un voyou mal luné. On racontait que Moïse avait soudoyé les policiers des trois postes de surveillance pour lui livrer le coupable. J’avais mon idée sur la question.

Elle se confirma un dimanche quand Leila en larmes vint nous apprendre la fin de Gimeno. On avait retrouvé son corps criblé de balles à proximité des grands réservoirs. Le lendemain, le journal du matin de Sohelo traiterait le fait-divers en quelques lignes : une exécution sommaire parmi d’autres. Nico ne manifesta aucune émotion à cette nouvelle ; il blêmit un peu et exigea que je le conduise à la morgue, longue bâtisse sans fenêtres entre deux ponts du fleuve. La mort violente s’y invite chaque jour avec des dizaines d’habitants des pentes, une étiquette attachée aux orteils.

On n’eut aucun mal à identifier le caïd, bien que ses poches furent vides, pas d’argent ni de papiers, à part une carte de crédit volée. Un employé à tête de momie nous annonça que, sans instructions de la famille, on convoierait la dépouille à la fosse commune. Il était néanmoins envisageable de le maintenir quelques jours au frais, contre un ticket de consigne. L’employé accepta d’un air satisfait nos derniers billets de banque. Nico me demanda alors de le laisser seul, il me rejoindrait à la cabane, il avait besoin de s’expliquer avec son frère. Quelle explication peut-on avoir avec un mort ?
Ni ce soir-là ni aucun autre jour, Nico n’est revenu à notre cabane. Je l’ai cherché longtemps. Sans nouvelles de la famille, l’administration de la morgue a fini par expédier le corps de Gimeno à la fosse commune. Je me suis souvenu de ma mère soudain et j’ai étouffé un cri d’épouvante : la Clinique Générale ! C’est là forcément que Nico espérait trouver l’argent de la sépulture : contre un œil ou un rein. À condition d’avoir des papiers et une adresse. Nico n’avait pas de papiers et sa baraque n’existait pour personne. Les orphelins, on les endort et puis adieu : ils repartent en cent morceaux à travers le grand monde.

Un soir, en rentrant épuisé de mes courses sur l’asphalte de Sohelo, la cabane elle aussi avait disparu. Sur les pentes de la Butte Creuse, on n’en finit pas de se disputer les matériaux de récupération. C’est sans regret que j’ai quitté les dédales empuantis de Jadropha. J’habite désormais les grands boulevards de marbre et d’acier, au pied de la montagne. Ceux qui me tueront, ce soir ou demain, ne sauront jamais comme mon histoire fut belle ; dans la ville d’en bas, quand la nuit tombe, il m’arrive de rêver d’un monde sans guerre, un monde où les enfants des rues pourraient dormir jusqu’au matin.

2017-01-25T15:28:29+02:00Categories: Nouvelles à lire en ligne, Nouvelles Prix Jeunesse 2015|Tags: |Commentaires fermés sur Le diable ne dort jamais

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