Nous ne sommes pas ici. Nous ne sommes pas maintenant, mais déjà dans le prolongement des temps qui courent et dans l’amorce d’une société nouvelle et d’une nouvelle moralité. C’est sur cette limite d’anticipation, ce loin-près que Bernard Ascal assoit toute l’étrangeté des nouvelles qu’il nous donne à lire. L’ordinaire de la vie est soudain affublé d’un coefficient d’âpreté, de brutalité, d’incongruité, de discordance, comme si l’Ange de la perversité, cher à Edgar Poe, était venu troubler l’équilibre traditionnel des humains et des choses. Ainsi le jour ne révèle-t-il d’autre projet que d’accomplir les cauchemars de la nuit.
Cependant, l’humour ne manque pas dans ce tableau. Il y a place pour un rire de fond, dans la mise en scène de situations cocasses, dans la maîtrise du farfelu et le jeu des exagérations et des extravagances. Sous un horizon qui porterait au désespoir métaphysique, le verbe du conteur ne défaille jamais. Le temps a beau être sombre, le plaisir reste entier.

Ed. Rhubarbe – 27/05/2020